IA et données clients : ce qu'un cabinet doit savoir avant de se lancer
L'usage de l'IA générative en cabinet soulève une question légitime : que deviennent les données saisies dans ces outils ? Voici les réflexes essentiels à connaître avant de généraliser leur usage.
1. Une question légitime, à ne pas éluder
Un expert-comptable qui envisage d'utiliser l'IA générative se pose rapidement la même question : que deviennent les informations que je saisis dans ces outils ? La réponse honnête est qu'elle dépend fortement de l'outil, de l'offre souscrite (gratuite, grand public, ou professionnelle) et des paramètres de confidentialité activés. C'est un sujet qui mérite d'être traité sérieusement, pas ignoré par prudence excessive ni balayé par enthousiasme.
2. Identifier les données à ne pas exposer
La première règle de bon sens consiste à distinguer ce qui peut raisonnablement transiter par un outil d'IA générative de ce qui ne le devrait pas sans précaution particulière : données bancaires, identifiants, informations couvertes par le secret professionnel, données de santé, ou toute information dont la divulgation causerait un préjudice réel au client.
3. La pseudonymisation, un réflexe simple et efficace
Pour de nombreux cas d'usage, il est possible de remplacer les données directement identifiantes (nom du client, SIREN, adresse) par des repères neutres avant de soumettre un document à l'IA, puis de les réintégrer une fois le traitement terminé. Des outils français spécialisés existent pour automatiser cette étape d'anonymisation, ce qui permet de bénéficier des gains de l'IA générative sans exposer d'informations sensibles.
4. L'hébergement des données : un critère à ne pas négliger
Certains environnements permettent d'utiliser un modèle d'IA générative en le faisant fonctionner sur une infrastructure hébergée en Europe : c'est le cas, par exemple, de Claude via Amazon Bedrock. Ce choix technique répond à des exigences de localisation des données particulièrement pertinentes pour les dossiers les plus sensibles d'un cabinet.
5. Trois réflexes à adopter dès aujourd'hui
- Vérifier les conditions d'utilisation et les paramètres de confidentialité de chaque outil avant de généraliser son usage ;
- Pseudonymiser les documents sensibles avant tout traitement, chaque fois que c'est possible ;
- Former les équipes aux bons réflexes, plutôt que de laisser chacun expérimenter seul avec des pratiques hétérogènes.
Ce dernier point est précisément l'un des modules de nos formations : un temps dédié à la confidentialité des données clients et aux bonnes pratiques de traitement des informations sensibles, avant toute mise en pratique sur des cas concrets.
Le sujet n'est pas théorique
La confidentialité est le premier frein cité par les professionnels : 46 % des experts-comptables citent la confidentialité et la sécurité des données comme frein principal, selon le baromètre Qonto / Ifop mené au printemps 2026 auprès de plus de 300 experts-comptables. La crainte porte moins sur l'outil que sur l'absence de règles.
Les trois niveaux de données
- Ce qui peut être transmis tel quel : textes réglementaires, documentation publique, modèles de documents vierges, questions générales de méthode.
- Ce qui doit être pseudonymisé d'abord : tout document identifiant un client, un salarié, un maître d'ouvrage. Noms, adresses, numéros, montants précis sont remplacés par des repères avant l'envoi, puis restitués dans le livrable. Voir anonymisation et pseudonymisation.
- Ce qui ne doit jamais entrer dans un outil d'IA grand public : données de santé, données bancaires nominatives, identifiants d'accès, documents couverts par une clause de confidentialité spécifique. Sur ces données, seuls des outils professionnels avec engagement contractuel, ou hébergés en interne, sont envisageables.
Les réglages à vérifier une fois pour toutes
- L'utilisation de vos données pour l'entraînement est-elle désactivée, par contrat ou par paramètre ?
- Où sont hébergés les traitements et pendant combien de temps les conversations sont-elles conservées ?
- Qui, dans l'équipe, a un compte professionnel, et existe-t-il des comptes personnels utilisés pour le travail ?
- Les connecteurs activés (messagerie, fichiers) ont-ils le périmètre minimal nécessaire ?
Questions fréquentes
Puis-je saisir des données clients directement dans ChatGPT ou Claude ?
Cela dépend du contrat, de l'offre souscrite (grand public ou professionnelle) et des paramètres de confidentialité activés. Par défaut, il faut partir du principe de prudence et vérifier les conditions d'utilisation avant de traiter des données sensibles.
Qu'est-ce que la pseudonymisation, concrètement ?
C'est le fait de remplacer les données directement identifiantes (nom, SIREN, adresse) par des repères neutres avant de soumettre un document à l'IA, puis de les réintégrer une fois le traitement terminé. Des outils français dédiés existent pour automatiser cette étape.
Qu'est-ce que Claude via Amazon Bedrock ?
C'est une manière d'utiliser le modèle Claude en le faisant fonctionner sur une infrastructure hébergée en Europe, ce qui répond à certaines exigences de localisation des données pour les dossiers les plus sensibles.
Un compte ChatGPT ou Claude personnel peut-il être utilisé pour le travail ?
C'est déconseillé pour toute donnée client. Les offres grand public n'apportent pas les engagements contractuels des offres professionnelles, et les paramètres de confidentialité dépendent de chaque utilisateur. Un compte professionnel géré par le cabinet est le point de départ.
Que faire si un collaborateur a déjà envoyé des données clients à une IA ?
Vérifier les paramètres du compte utilisé (entraînement, conservation), supprimer les conversations concernées si l'outil le permet, et documenter l'incident. Si des données personnelles sensibles sont concernées, évaluer avec votre délégué à la protection des données si une notification est nécessaire. Puis fixer une règle d'équipe pour que cela ne se reproduise pas.
Article publié en juillet 2026 par OPTIGEN CONSEIL.
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